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– Matthieu 🐺

Ça y est, nous y sommes ! Jeudi 29 août 2024, 13h, je pars de la maison. Dernier passage au travers de la butte verte puis RER A et TGV jusqu’à Lyon. C’est le début de la dernière ligne droite !

Ready to go !

Cette prépa aura duré 6 mois et je la passe en revue dans le TGV. Cela aura été long avec des hauts et des bas, pas mal de doutes et 2 petites blessures dont une il y a un peu moins d’un mois et qui n’a finalement pas été grave 😇 Dans l’ensemble, cela aurait été difficile de faire mieux avec les moyens du bord. Je pars donc pour cette dernière ligne droite pas forcément confiant mais très heureux et avec déjà le sentiment d’une petite victoire ; d’avoir fait ce qu’il fallait quoi qu’il se passera autour de ce Mont-Blanc.

Je passe une assez bonne nuit à Lyon et prends la voiture au petit matin, jour de course, direction Chamonix. Arrivé là-bas, les rues sont remplies de coureurs, d’accompagnants, de bénévoles, … c’est impressionnant ! La ville tout entière est consacrée à ces courses. Plus aucune place pour se garer sur le seul (minuscule) parking gratuit … tant pis, j’ajouterai 2 jours de stationnement à mon budget 😖 Plus qu’à hypothéquer la maison 😅 Je récupère mon dossard puis mange mon dernier repas vers 13h. S’en suis une petite sieste sur l’herbe alors qu’il fait bien chaud. Heureusement, ce sera la seule fois où j’aurai vraiment chaud du weekend 😊

Ça y est, c’est le moment ! Le sac d’hydra est rempli à rabord, le sac d’allègement est prêt lui aussi. Je mets mes chaussures, assis sur le rebord du coffre de la voiture et espère ne rien avoir oublié. Mais comme j’ai checké ça 20 fois à Noisy et autant de fois à Lyon puis Chamonix, ça devrait le faire 😅

Il y en a du matos 😨
C’est mieux quand c’est rangé !

Il est 17h. Je dépose mon sac d’allègement dans le gymnase et rejoins Aymar, un ancien collègue pour qui il est devenu une habitude de venir à Chamonix le weekend de l’UTMB. Avec ses potes, ils sont en train de prendre un verre en terrasse. Pour ma part, ce sera de l’eau 😅

17h40, je rallie la ligne de départ 😊 Enfin … la ligne de départ … le troupeau se trouvant devant la ligne de départ 😅 On est serré comme des patates et ce n’est pas hyper plaisant. Ça change du trail des tordus où on était 155 ! On sent que la pression monte un peu mais de mon côté, je ne suis pas stressé. Comme j’ai déjà vécu cette sensation, j’essaie justement de me stresser un peu pour rentrer dans la course.

Et voilà, on y est. Le son de Vangelis, Conquest of paradise, commence à retentir. Je m’étais beaucoup imaginé vivre ce moment pendant la prépa et ça me rappelle du coup toutes ces heures passées à la butte verte (très) tôt le matin. Je mets pratiquement 5 minutes pour atteindre la ligne de départ après que le coup de pistolet ait retenti. C’est blindé de spectateurs ! Il y en a à tous les balcons ! Et sur un peu moins d’un kilomètre, on va avoir une haie d’honneur. C’est ouf ! Les gens crient, des cloches retentissent, la moitié des personnes filment … ouais, c’est quand même une course à part …

Il y a vraiment beaucoup de monde !

Allez, après cette euphorie, on retrouve un peu de calme. C’est très plat pendant les premiers kilomètres et nous n’avons pas à nous arrêter de trop aux premiers singles malgré les 2761 participants 👍 Tout se passe très bien : la première bosse est un réel plaisir et ça permet de rentrer dans la course et se dire qu’on est bien en train de faire l’UTMB 😅

La nuit tombe et j’arrive à Saint-Gervais, au 21e kilomètre. C’est le premier vrai ravito. L’ambiance est dingue, même ambiance qu’au départ 😱 J’en ai le sourire aux lèvres, ça fait trop plaisir. Par contre, je me rends compte que je commence à avoir un peu mal au bide et ça, ça ne fait pas plaisir … je ne sais pas si ce sont les gels maurten et / ou les purées Baouw ou encore autre chose … mais quoi qu’il en soit, va falloir s’adapter. Et s’adapter, ça va être toute l’histoire de cette aventure (et en fait, l’histoire de tout ultra, non ? 😅). Du coup, je me dis que je ne prendrai plus de Maurten et que je ne prendrai plus que des Baouw au pied et pendant les grosses difficultés. Et je m’alimenterai plus que prévu aux ravitos. J’espère simplement ne pas manquer d’énergie 🤞

En haut de la 1ère montée
A Saint-Gervais 🤗
En sortant de Saint-Gervais

Et la nuit se passe, le mal de bide aussi 😊 Les kilomètres, les montées et les descentes défilent. Mais … c’est en fin de nuit que tout commence à foutre le camp. Au petit matin, en haut du col de la Seigne alors que nous passons en Italie, je n’ai plus de jambe. C’est comme si j’étais en fin de course sauf que je n’en suis qu’au ⅓ 😵 Bon, je me dis que ça va passer et que ces coups de moins bien sont normaux en ultra 🙂

Mais malheureusement, ça ne passe pas dans la descente qui n’est en plus pas très technique … Du coup, j’appelle ma petite femme qui me donne le meilleur conseil qui soit : « DORS !!! 🤬 » Je m’exécute 😅 Je me pose alors dans l’herbe, avec un petit groupe de coureur et là … 🐦‍🔥🐦‍🔥🐦‍🔥 J’ai l’impression de faire une petite nuit sauf que je ne dors que 10-15 minutes. Bon, je ne suis pas à 100% non plus hein mais ça va mieux et ça fait plaisir au vu du pierrier qui s’ensuit.

Ca ne va pas fort …
Passage en italie
Magnifique
Le pierrier

Les paysages sont magnifiques sur cette partie. On se sent au milieu de nulle part, entouré de montagne, aucune route aux alentours. C’est incroyable 🤩 Mais je ne profite malheureusement pas autant que je ne le voudrais … Arrivé au ravito du lac Combal au 70e, je commence à être au fond. Le mental n’est pas vraiment là. Cela fait maintenant 15h que je cours et le plus dur est à venir. Et c’est aussi à partir de ce moment-là que je vais commencer à penser aux barrières horaires … En sortant du Lac Combal, j’ai 1h d’avance sur la barrière.

Arrivée au ravito du Lac Combal
C’est très dur …
Rien aux alentours
Et avec le soleil

J’arrive à Courmayeur un peu plus de 3h plus tard. C’est la base de vie qui est à mi course et où m’attend mon sac d’allègement. Juste avant d’y arriver, je pense sérieusement à abandonner. Mais en appelant ma petite femme, elle me dit que je n’ai pas intérêt à faire ça !!! Plus sérieusement, elle me dit que, tant que je ne suis pas blessé, que je peux avancer et que je suis dans les délais, il ne faut pas que j’abandonne sinon, je le regretterai. Elle a tout à fait raison et je le sais ! Mais quand on est dans le dur, on est submergé par les pensées négatives. Elle me dit exactement les mots qu’il me faut. Elle me connait tellement bien 🤗

A Courmayeur, je vais prendre mon temps parce que j’en ai besoin. Je change mes chaussures, mes chaussettes, mon t-shirt, retire tous mes gels Maurten et prend bien moins de purée Baouw que prévu. Je speed quand même un peu pour me ravitailler et repars 15 minutes avant la barrière horaire. Je comptais faire une sieste dans le gymnase mais comme il y a pas mal de bruit, je préfère la faire tout de suite en sortant du ravito. Je repars donc de Courmayeur sans aucune marge par rapport aux barrières horaires. Petite anecdote : en me réveillant de cette sieste, je m’aperçois que je n’ai pas rempli mes flasques et de très sympathiques passantes vont me les remplir avec leur gourde car le ravito est maintenant fermé 🙏

On se motive !

Va s’en suivre les kilomètres les plus compliqués de mon périple : la montée jusqu’au refuge Bertone est un enfer et la portion que je pensais facile (car plutôt plate sur le papier) va me demander de puiser énormément pour ne pas arriver hors délai. J’arrive au ravito d’Arnouvaz, remplis au plus vite un sac de congélation avec ce que je peux de nourriture, remplis mes flasques et ressors 2 minutes avant la barrière horaire. Je me ravitaille donc comme quelques-uns juste après le ravitaillement puis refais une sieste Sauf que celle-ci ne dure pas très longtemps : le fermeur me réveille pour me dire que je dois reprendre la route 🥴

A partir de là, je commence à retrouver du plaisir. Je sais que les barrières horaires sont un peu plus clémentes mais surtout, je me mets dans le mood « advienne que pourra ». Un petit appel à Aurore et un appel de Mika juste avant la nuit me conforte aussi dans cet état d’esprit. Et pendant cette deuxième nuit, cela se passe bien. La fatigue est la même mais je ne sens pas de gros coup de mou. C’est top !

Je n’en peux plus …
… mais on essaie de sourire quand même
🤩

Le premier fait marquant pendant cette nuit se passe durant la descente du Grand Col Ferret. Super moment ! Avec 2 compères que j’emporte sur le porte bagage (dont je ne connais ni les prénoms ni les numéros de dossard 😅), je me fais plaisir à descendre pleine balle pendant plusieurs kilomètres ! Enfin pleine balle … quand je regarde la montre, c’est finalement très décevant parce que je tourne à une allure de 9-10′ par kilomètre 😅

La 2nd anecdote de cette nuit restera l’anecdote de mon UTMB. J’ai environ 138 kilomètres dans les pattes pour 34h de course et nous sommes dans l’ascension de la Giète avec un petit groupe clairsemé. Et je monte maintenant des parpaings et des tubes de PVC pour construire une maison en haut de la montagne. La chef de chantier devant moi me dit d’ailleurs de ne pas trainer 😨 Je suis finalement tout bonnement en train de rêver en marchant … Au bout d’un moment, je suis tout de même tiraillé : est-ce que je suis en train de construire cette maison ou est-ce que je suis en pleine course ? Je me fais violence et je me « réveille ». C’est flippant parce que ça fait bien 50 minutes que je suis dans cet état de somnolence … moi qui était juste par rapport aux barrières horaires, je dois être out maintenant. Mais pas du tout !!! J’ai très bien avancé même. Bon par contre, ça me fait quand même bien peur et je m’arrête tout de suite dans les bois pour piquer un somme sur le bas-côté.

Le jour se lève, il est 7h30 et je sors du ravito de Trient. Pour la première fois, je me dis que ça va le faire même si je n’ai qu’une grosse demi-heure d’avance. Le moral est au beau fixe et il me reste en gros 2 grosses montées pour 30 bornes.

Arrivée à Trient
En repartant de Trient

La fin de course se fait dans une atmosphère particulière. J’ai l’impression que tous les coureurs / marcheurs / zombies autour de moi savent que nous rallierons la ligne d’arrivée. D’une manière surprenante, ça bouche un peu dans la dernière montée qui nous mène à la Flégère sur les hauteurs de Chamonix. Arrivée en haut, je prends mon temps. Concernant la descente, c’est encore pire : j’avance tellement lentement ! La raison première n’est pas la fatigue, c’est tout simplement que pour moi, c’est fini et que je suis déjà arrivé 😅 Je me ressaisi quand même sur les 2 derniers kilomètres pour ne pas faire trop attendre la petite famille, la team et tous les copains qui suivent mon périple devant le live UTMB 😅

En haut de la Flégère
Bien fatigué le Matthieu
En haut de la Flégère

J’arrive (enfin !!!) dans les rues de Chamonix. Je m’arrête une dernière fois pour sortir le drapeau de mon club que j’ai confectionné en cachette pendant l’été et que je trimbale depuis le départ. Il m’en aura donné de la force ce drapeau. C’est parti pour les derniers hectomètres. Mais qui vois-je ? Aymar ! 😊

Cette dernière ligne droite est vraiment chargée d’émotion même si j’ai déjà lâché quelques larmes dans la dernière descente 😅 Mais ça y est, je passe la ligne …


C’est une sensation bizarre … beaucoup d’émotions … c’est assez indescriptible …



Le speaker me pose une question. Je ne sais plus laquelle et je ne me rappelle plus ce que je lui réponds 😅 C’est la fin de la course et je suis un peu perdu … Tellement de choses se sont passées durant ces 45h36’47” et c’est aussi la fin d’un cycle …

Passé cette ligne, j’ai juste envie de partager avec mes proches. J’appelle tout de suite Aurore puis on se boit une petite bière avec Aymar et son ami. Et je passe ce message à la Team, ce message que je veux vous envoyer depuis le moment où j’ai pu brandir notre drapeau sous cette arche 🥹

La dernière ligne droite 🥹
Merci la team 💙💛

C’est maintenant l’heure de prendre le chemin du retour et je ne dois pas traîner. Par contre, pas dingue : pas de repas à l’arrivée 🤯 Pas grave, je m’arrêterai quelque part pour prendre un sandwich et des chips. Douche (froide car pas d’eau chaude dans le gymnase …), récupération du sac d’allègement et je reprends la voiture, direction Lyon. J’arrive sur le quai 15 minutes avant le départ du train 😵‍💫 Et ça y est, je peux enfin me poser dans le wagon. La course est définitivement finie 🥹

Je n’arrive pas à dormir dans le train du retour et finalement, je trouve le sommeil à la maison, à 1h30 du matin, soit environ 67h depuis mon réveil à Lyon vendredi 😄

Petits pas petits pas

Ce récit touche à sa fin mais je ne pouvais pas ne pas parler de ce qui s’est passé le lendemain soir … toute la team m’attendait sur notre parking fétiche pour que nous fêtions cette aventure ensemble. Vous êtes exceptionnels … Sans vous, je n’aurai vraiment pas pu le faire et ce ne sont pas des paroles en l’air. Vous êtes fantastiques 💙💛🐦‍🔥

Cet accueil !
🤗

Et merci à tous ceux qui m’ont suivi : la famille, les amis, les collègues … Même des personnes que je ne connaissais pas (embrigadées par mes sœurs 😅) m’ont suivi ! Les défis comme celui-ci, ce n’est pas qu’une course. Même si physiquement on est tout seul, c’est un vrai partage avec vous tous qui êtes finalement autour de moi. Et c’est ce partage, ce dépassement de sois grâce à vous qui est extraordinaire à vivre et à ressentir 🙂

– Matthieu 🐺

8 commentaires

  1. Magnifique Mathieu: merci pour ce récit. Pour ma part, Je suis sur qu’il m’aidera dans la difficulté. On ne peut se rendre compte de la difficulté si on ne vit pas une fois un défi qui demande de se faire violence. ce sera certes avec moins de km mais l’envie d’abandonner reste la même peu importe les km. J’ai également beaucoup d’admiration pour Aurore et tes proches pour t’avoir accompagné, soutenu et trouver les mots pour te relancer ! A quand la prochaine aventure 😉

  2. Waouh ! Quelle aventure au milieu de ces paysages magnifiques ! Mais du coup, on ne saura jamais à quoi aurait pu ressembler cette fameuse maison en haut de la montagne… 🤔🤣

  3. Matthieu, j’ai pris mon temps avant de lire ton récit car je savais… Je savais qu’il fallait que je m’isole, que je ne sois pas dérangée ni interrompue pour m’imprégner de tout ce que tu avais à nous partager… et je savais aussi que je serai rattrapée par l’émotion! C’était sûr!!
    Tu nous plantes le décor, on s’y croirait, tu nous parles sur ces vidéos comme si tu t’allongeais sur un divan et c’est touchant. Tu n’as pas peur de montrer tes doutes et tes craintes et nous ce que l’on y voit c’est une force.
    Cette force on le sait bien: derrière tout grand homme, il y a une grande femme 😜 notre très chère Aurore, aux pouvoirs insoupçonnés. Votre couple est beau et inspirant et votre famille une solide fondation.
    Et que dire de ton arrivée et la chance d’avoir pu l’immortaliser… nous vibrons avec toi, un moment chargé d’émotions celui-là aussi.
    Bref, je l’attendais avec impatience ce récit (retardé une «embûche » dont tu as su ne faire qu’une bouchée!)et je dois dire que j’ai eu ma dose de bonheur,
    Merci Mat et très sincèrement Bravo!

  4. Impressionnant ton récit et cette aventure, merci pour le partage.
    Félicitations à toi, une vraie performance mentale et physique d’arrivée au bout.

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